On les appelle les bozayeurs, ces jeunes africains qui quittent leur pays pour tenter leur chance ailleurs. Les motifs de leur départ sont multiples et imbriqués. Seule une minorité d’entre eux parvient en Europe après un long et dangereux voyage.

Depuis le début des années 2000, les chercheurs en sciences sociales tentent de catégoriser les mineurs partis “en aventure” sur les routes migratoires. Aspirants, mandatés, exploités, errants, exilés ou fugueurs, il s’avère que les motifs de leurs départs sont largement entremêlés comme le montrent les parcours que Moumini, Mamadou et Junior donnent à entendre dans ce documentaire.

En voyant ses aînés diplômés inactifs siroter leurs thés à longueur de journée, Moumini a pris conscience que son avenir se jouerait peut-être ailleurs qu’en Guinée. Comme beaucoup de ses semblables, il vient d’une famille fracturée, il a été victime de violences et il a fugué sans savoir où le mènerait le chemin de l’exil.

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Mamadou, lui, a pu, grâce à son oncle, échapper à l’avenir étriqué que lui promettait son père. Lorsque son oncle l’a fait monter dans un bateau depuis une plage marocaine, il en ignorait la destination.

Quant à Junior, il a suivi les grands frères avec qui il survivait dans les rues de Douala au Cameroun vers une destination demeurée inconnue jusqu’à ce qu’il embarque sur un bateau depuis une plage de Tunisie.

Pour beaucoup d’entre ces mineurs en mouvement, on constate “une rupture par rapport à la trajectoire parentale, un désir, une volonté de se réaliser individuellement, de s’émanciper, de trouver une situation qui soit acceptable, qui soit digne, valorisante” explique la sociologue Noémie Paté.

“Une volonté de prendre soin des gens qui comptent” ajoute la doctorante Cléo Marmié : “parfois, quitter ses proches, quitter son pays, c’est une forme de résistance à la l’immobilité sociale à laquelle on se se sait condamné. Atteindre l’Europe est un moyen de transformer collectivement les destins des gens qu’on aime et notamment les mères, une manière de les venger, de leur restituer ce qu’un certain ordre social leur avait confisqué”.

Avec

  • Les élèves de l’école communale d’Ebodje au Cameroun
  • Junior, 17 ans, citoyen camerounais
  • Adidjah, vendeuse camerounaise de beignets à Douala
  • Moumini Diallo, citoyen guinéen
  • Mamadou Diallo, citoyen guinéen
  • Noémie Paté, sociologue et autrice du livre Minorité en errance (Presses universitaire de Rennes)
  • Cléo Marmié, doctorante en sociologie
  • Mahfous, petit-fils d’Adidjah 12 ans

Chansons originales : Ismaël Abdoulaye, Mahamat et Gaston.

Un documentaire de Raphaël Krafft, réalisé  par David Jacubowiez

Catégories : Non classé

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