MNA (Mineurs non accompagnés), MIE (Mineur isolé étranger), ASE (Aide sociale à l’enfance) : les acronymes volent au-dessus de la scène où s’entassent des piles de dossiers que la narratrice, une éducatrice, expédie dans une broyeuse de papiers. Récit édifiant qu’on écoute avec vigilance : cette héroïne anonyme lève le voile sur son quotidien. Elle aide S., un jeune migrant. Parce qu’elle mène sa mission avec cœur, elle se retrouve sur le banc des accusés, victime de règlements qui tissent d’absurdes toiles d’araignée. Il y a de quoi suffoquer dans la nasse de cette administration qui applique les lois à la lettre au mépris de l’identité des jeunes et de l’humanité de leurs aidants.
Ce spectacle, signé par Charlotte Lagrange, est nourri de réel. L’artiste a travaillé avec des classes de lycéens primo-arrivants. Elle sait de quoi elle parle. Elle n’en fait ni trop ni trop peu. Avec une justesse remarquable, elle trace le portrait d’une femme à bout et qui craque. Cette formidable et nécessaire représentation est jouée par Emmanuelle Lafon, actrice dont le talent est, pour le spectateur, une infinie source de joie. – J.G.

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